La Semaine sainte d'un papa confiné - Chapitre 2 : Dimanche des Rameaux

Mis à jour : avr. 6

Mais d’où viennent tous ces rameaux ? Ce samedi fin d’après-midi, c’est l’heure de la traditionnelle balade en famille. On observe les façades, on papote, on salue (de loin) les passants… Mais Marie et moi avons une préoccupation : demain, c’est Dimanche des Rameaux. Et cette fois, ce n’est pas la paroisse qui nous offrira les feuillages. Il convient donc d’en trouver par nous-mêmes. Ce qui n’est pas aisé. Comment font-ils, tous ces prêtres, chaque année, pour trouver ces branchages par centaines ? D’où viennent tous ces rameaux ? Serait-ce le don d’un pieux pépiniériste très fidèle (et très généreux) ? Sont-ils chaque année cueillis par des séminaristes dans les jardins de l’archevêché de Malines ? Ou importés de Chine, et livrés par Alibaba ? L’air de rien, célébrer une messe, ce n’est pas de la tarte. Vouloir le faire à la maison permet de s’en rendre compte…


Arrive le grand jour. Ce matin, on met les petits plats dans les grands : sandwiches et couques au chocolat garnissent la table du déjeuner. C’est pas tous les jours dimanche… des Rameaux ! Au milieu, quelques brins de buis un peu malade – on a quand même réussi à en dénicher… J’ouvre les festivités : « c’est le début d’une grande semaine ; dimanche prochain, c’est Pâques, la résurrection de Jésus ». Joachim embraie : « Oui mais Jésus, il est déjà mort ou pas ? » « Non, c’est vendredi qu’il mourra ». « Ah ? Donc il est encore en vie… » « Heu, oui, bien sûr qu’il est encore en vie. Mais il est au ciel. » « Ah ? Donc, il est déjà mort… »


La « messe » commence. J’ai pris ma guitare, mais Joachim veut la prendre – et il la cogne mieux qu’il ne sait en jouer. On n’a pas besoin de pupitre, mais Joachim veut le sortir de la housse. Pendant le Notre Père, le cercle a triste mine, les enfants ne voulant pas se donner la main. Comme chant final, on entonne « Vous bondirez de joie ». Joachim quitte la pièce – il voulait « Viens mélanger tes couleurs »…


Au milieu de tout ça, il y eut quelques instants de grâce. Presque passés inaperçus. Il faudra les relire, les savourer. Dieu sait se faire discret : c’est à travers les interstices de nos vies qu’il se faufile…