La Semaine sainte d'un papa confiné - Chapitre 4 : Un avant-goût de la dernière Cène

Cela m’a frappé ce midi. A ma droite, Isaac jouait distraitement avec son bol de riz, et refusait très clairement le (pourtant délicieux) chou rouge qu’on lui avait préparé. Devant moi, Joachim terminait gentiment sa soupe avant de commencer lentement une tartine au fromage. A ma gauche, Marie avalait le poisson qu’on lui avait laissé la veille. Et moi, je dégustais une salade mixte.


Cela m’a donc frappé ce midi : qu’il est difficile de partager un même repas. Chez nous, c’est manifeste. Marie et moi n’avons pas tout à fait les mêmes goûts ni les mêmes habitudes alimentaires. Nous aimons aussi assaisonner les restes, mais chacun à notre manière. Quant à Isaac, lui faire avaler quelques bouchées de quoi que ce soit est un combat qui nécessite un effort permanent de créativité. C’est donc régulièrement que nous nous retrouvons à table avec trois ou quatre plats différents.


Autre chose : le rythme. Aujourd’hui, Isaac a commencé son dîner vers 11h45, et Joachim a fini le sien plus d’une heure plus tard. Entretemps, Isaac était parti à la sieste, Marie s’était levée une douzaine de fois, Joachim avait été sur la balançoire à deux reprises, et j’avais fini la vaisselle. Quant au four à micro-ondes, il avait sérieusement carburé…


Dans deux jours, ce sera Jeudi saint. Et Jeudi saint, c’est d’abord un repas. Treize personnes qui mangent la même chose, ensemble, en même temps. Franchement, je trouve ça… miraculeux ! Je pense aussi à nos eucharisties. Chacune d’elles se veut mémoire de la dernière Cène. Et là aussi, je m’émerveille. Evidemment, certains arrivent en retard, tandis que d’autres s’en vont avant la fin. Naturellement, certains (tout petits) ne tiennent pas en place tandis que d’autres ne

se lèvent pas même pour la paix du Christ. Bien entendu, chacun aimerait que la messe soit un peu plus comme ceci ou un peu moins comme cela. Il n’empêche… Se rassembler chaque semaine autour d’un même autel alors qu’on provient d’horizons si différents. Alors qu’on ne partage ni les mêmes goûts ni les mêmes rythmes. Ne serait-ce pas là aussi un petit miracle ?


Je file. Ce soir, je prépare une lasagne. Un seul plat qui sort du four. Avec ça, on devrait pouvoir manger (plus ou moins) ensemble…