La Semaine sainte d'un papa confiné - Chapitre 5 : C'est l'histoire de la vie

« C’est l’histoire de la vie. » Telle est la chanson qui résonne ce matin dans le salon. Un bon vieux « Roi lion », rien de tel pour commencer la journée ! J’ai opté pour la version audio : pas d’écran, c’est la règle à la maison. Enfin, c’est la règle qu’on aimerait appliquer…


Je me prends au jeu. Entendre ces notes me donne envie de chanter, danser, bondir. Rugir. Joachim et Isaac n’en demandent pas tant. C’est la fête ! Puis, à travers le baffle, Mufasa explique à sa descendance qu’un jour, il s’en ira rejoindre les étoiles. Car la mort fait partie de la vie. L’histoire s’accélère. Arrive le cimetière des éléphants. Puis les hyènes. Dans l’ombre, Scar tend son piège et attend sa proie. Alors que les gnous se mettent en branle, je suis Mufasa. Je place mes lionceaux dans leur tente, à l’abri. Puis je me démène contre les bêtes. Mais elles sont trop nombreuses. Trop puissantes, elles viennent à bout de mes résistances. Je sais que je m’en vais. Avec émotion, je pense à mes petits lionceaux. Dans le salon, je m’effondre.


Fin de la rigolade. On part en balade. A nouveau à vélo. Et nous n’avons pas encore parcouru 500 mètres que la chute se produit. Stupide, sans gloire. Aux côtés de Joachim, je roule trop lentement. Contre une bordure, je perds l’équilibre. Sur le bitume, je m’effondre. Pour la deuxième fois de la journée.


Je me relève aussitôt. Toujours accroché sur son siège, Isaac pleure. Je l’ausculte rapidement : il a peur. Je le rassure. Il n’a rien. Joachim est à deux pas. Tout va bien pour lui. Je me penche alors sur moi. J’ai mal. Progressivement, ma vue se brouille. Soudain, je ne vois plus rien. Je ne m’inquiète pas : je sais que c’est une chute de tension. Je sais que je dois me coucher. Mais j’ai peur de lâcher le vélo, de perdre Isaac. Je parviens tout de même à m’asseoir. La vue revient. Reste la douleur, vive. Et l’émotion.


Mettre à l’abri avant de souffrir. Prendre soin avant de mourir. Dans la dernière semaine de sa vie, tel est bien ce que fait Jésus. Il pose les derniers gestes, livre les ultimes paroles. Celles qui ne prendront sens qu’après coup. J’imagine Jésus poser un dernier regard sur chacun de ses amis. Je le vois contempler le monde du haut de sa croix. L’aimer, une dernière fois, avant de s’en aller.


Je perçois alors ce que peut être l’amour d’un Père. L’amour infini. Qui fait souffrir.

Aimer jusque dans la chute. Et bien au-delà.


C’est l’histoire de Pâques.

C’est l’histoire de la Vie !