Le texte lu à l'Eucharistie de ce mardi 3 août

Il y a dans ce moment si particulier, où tout hésite, bien des raisons de craindre le pire : une pandémie qui n’en finit pas ; le climat qui se désorganise plus violemment que jamais ; une diversité en perdition ; des crispations idéologiques de toutes natures ; une précarité qui menace les plus pauvres, les plus fragiles et aussi les gens les mieux établis ; des guerres qui menacent aux quatre coins de la planète. Et tant d’autres choses…


Face à cela, on peut avoir une attitude terrifiée, et se calfeutrer pour éviter de voir le monde. On peut décider d’être cynique, et de ne penser qu’à soi. On peut aussi décider de s’enfermer dans la rage, ne se permettre aucun plaisir, aucune joie, pour combattre sans cesse, en militant, ces menaces si tragiques qui mettent en péril la survie même de l’humanité.


On peut aussi, pour un moment, profiter de la période estivale, pour être seulement joyeux. Pour profiter des siens, pour admirer la beauté du monde, de la nature, de ses proches, de ses amis. Pour aimer et tenter de se faire aimer. Pour profiter des instants qui passent, comme ils viennent. Pour se concentrer à chaque seconde sur ce qui peut faire sourire, ce qui peut faire rire, ce qui peut faire aimer ; ce qui peut faire espérer.


Être joyeux, ce n’est pas nier la réalité du monde, c’est la prendre comme elle est, l’affronter ; et choisir de n’y voir, pour un moment, que le meilleur.


Être joyeux, c’est accueillir le monde à son réveil avec un sourire ; c’est aussi sourire à ceux qui vous entourent; c’est ne pas les ennuyer avec vos chagrins; c’est prendre de leurs nouvelles, c’est trouver des façons de les faire rire. C’est ne jamais oublier que le sourire est une thérapie universellement reconnue. C’est faire la liste de ceux à qui on n’a pas parlé ou qu’on n’a pas vu depuis longtemps, et les appeler. C’est regarder la nature autour de soi comme une bénédiction, c’est écouter ses bruits, admirer ses couleurs ; ses formes ; c’est partager un repas avec des amis ; c’est découvrir un nouveau plat ; une nouvelle cuisine ; c’est nager ; c’est courir ; c’est faire du sport ; c’est relire un livre qu’on a adoré, c’est le faire connaitre à d’autres ; c’est découvrir de nouveaux auteurs, de nouveaux musiciens, de nouveaux peintres, de nouveaux cinéastes, de nouvelles œuvres d’art, de quelques natures qu’elles soient. Être joyeux, c’est accepter d’admirer sans jalousie, d’être ébloui sans arrière-pensée. C’est chercher en soi les mille raisons, partout, personnelles très souvent, d’être heureux. C’est les chercher au fond de soi ; dans la foi, ou dans la simple conscience du mystère infini de la vie. Et il y en a toujours, même si nous traversons des phases personnelles difficiles, quelles qu’en soient la nature.


Être joyeux, c’est chercher à n’entendre, pour un moment, que les bonnes nouvelles ; et il y en a aussi à l’échelle de la société : les vaccins sont efficaces, la croissance économique est repartie, les offres d’emplois sont partout, les progrès technologiques sont stupéfiants, en particulier dans tous les domaines de l’économie de la vie ; les œuvres d’art, anciennes ou nouvelles, ne demandent qu’à être découvertes et admirées ; et elles sont partout, dans toutes les créations humaines. Des succès d’entreprises sont partout. Et les exploits des associations magnifiques qui aident ceux qui souffrent devraient aussi nous rendre tous joyeux, fiers d’êtres humains.


Être joyeux n’est pas un acte égoïste. Regardez autour de vous : les gens les plus joyeux sont ceux qui ont découvert le secret le plus simple et le plus révolutionnaire : le plus grand des bonheurs est celui qui consiste à rendre d’autres heureux ; et, plus encore, à créer même les conditions du bonheur des générations futures. Être joyeux est alors une maladie très contagieuse, pour laquelle il n’existera jamais de vaccin.


Être joyeux, c’est alors, très vite, comprendre que cet état est si précieux qu’on n’a pas envie qu’il se termine et qu’il faut tout faire, à chaque instant, pour le maintenir, pour créer les conditions pour qu’il dure. Être joyeux, c’est ainsi la meilleure façon de prendre conscience de l’importance d’être acteur du monde.


Essayez, vraiment. Et cette parenthèse pourrait ne jamais se refermer.


(J. Attali)

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