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Les paysans du Brésil face à l'agrobusiness et à l'accord EU/Mercosur: éclairage

On a beaucoup parlé des accords de libre-échange conclus entre l’Union Européenne et divers partenaires commerciaux (CETA etc.), et de leur possible influence néfaste tant d’un point de vue environnemental que social.

Les petits paysans du Brésil risquent à leur tour d’être confrontés à l'accord EU-Mercosur, puisque le président Lula a déclaré vouloir conclure cet accord dans les six mois de son élection…

Pour mémoire, Entraide et Fraternité appelle à refuser cet accord, et certains pays européens, dont la France, ont suivi le mouvement en refusant de ratifier le traité en l’état. Quels sont les enjeux, comment prévenir les effets potentiellement néfastes? Voici un bref éclairage sur la question.


Le Mercosur est un marché commun regroupant 4 pays d’Amérique du Sud (l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay) et 300 millions d’habitants. Son but premier est de favoriser l’intégration économique entre ces quatre pays, mais les échanges commerciaux entre le Mercosur et l’Union européenne sont également intenses. En 2021, l’Union européenne a exporté des marchandises vers le Mercosur pour environ 45 milliards d’euros (principalement des machines, des produits chimiques et pharmaceutiques et des équipements de transport), alors que le Mercosur a exporté pour 43 milliards d’euros de marchandises vers l’Europe (principalement des minerais, des produits végétaux dont du café et du soja, des produits alimentaires, des boissons et du tabac).


Des négociations sont en cours depuis plus de 20 ans pour conclure un accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur, afin de faciliter et de développer ces échanges commerciaux. Sur le plan théorique, ce type d’accord est censé produire des effets bénéfiques pour les deux parties : pour le dire simplement, les entreprises et les consommateurs des deux groupes de pays pourront, plus facilement qu’aujourd’hui et sans payer de droits de douane, acheter des marchandises à des producteurs de l’autre groupe de pays. Si de tels échanges ont lieu, c’est que des entreprises de chaque groupe de pays fabriquent des marchandises que l’autre groupe ne fabrique pas, ou qu’il fabrique pour un prix plus élevé. En bref, on ne se fournit à l’étranger que parce que c’est plus avantageux que d’acheter chez un fournisseur plus proche. Dans la théorie économique, il semble donc que tout le monde soit gagnant : les entreprises vendent davantage, l’activité économique et l’emploi sont stimulés et les consommateurs obtiennent des produits meilleur marché.


Pourtant, de nombreuses voix, dont Entraide et Fraternité, s’opposent à l’accord en cours de négociation. Ont-elles tort ? Pas forcément, car les opposants voient une autre partie de la réalité. En effet, même si l’on accepte l’idée qu’il existe au total un gain économique, ce gain n’est pas réparti de manière égale. De part et d’autre, certaines entreprises vont subir une forte concurrence des importations ; c’est souvent un synonyme de licenciement pour leurs travailleurs. De nouveaux emplois seront probablement créés dans d’autres secteurs, mais ce ne seront probablement pas les mêmes personnes qui les occuperont.


Par ailleurs, une plus grande ouverture aux échanges internationaux a tendance à bénéficier davantage aux grandes entreprises qu’aux PME qui, même si l’accord en projet entre en vigueur, resteront confrontées à une foule d’autres difficultés pour exporter leurs produits : barrière de la langue, formalités administratives, obligation de respecter les normes techniques et sanitaires, etc. Bien entendu, ces obstacles existent aussi pour les grandes entreprises, mais elles sont généralement mieux armées pour les surmonter.


Enfin, en particulier dans le cas du Mercosur, le développement des exportations se produit dans des secteurs économiques où se concentrent d’importants problèmes sociaux et environnementaux. On sait que l’expansion de l’industrie agricole à grande échelle est une des causes de la destruction de l’environnement naturel (déforestation, utilisation d’engrais et de désherbants chimiques) et de l’accaparement des terres des petits paysans qui n’ont pas d’autre moyen de subsistance. Ceci peut aussi porter atteinte aux droits et au mode de vie des populations autochtone. Ces problèmes sont exacerbés dans les pays où les systèmes de protection sociale sont faibles ou inexistants et où la réglementation environnementale est juridiquement insuffisante mais surtout très mal appliquée sur le terrain. Le projet d’accord contient certes des clauses destinées à adresser ces problèmes, mais on peut craindre qu’elles restent purement théoriques ou du moins qu’elles soient insuffisantes.


Que le commerce international augmente ou non, c’est surtout par des politiques internes qu’on peut adresser ces difficultés. Mais une inflexion de ces politiques n’arrive pas naturellement. C’est pourquoi il importe de soutenir les forces locales, comme les partenaires choisis par Entraide et Fraternité, qui se battent pour une meilleure protection des plus faibles et pour le respect de l’environnement. La coopération internationale, en utilisant le commerce comme incitant ou comme moyen de pression, peut aussi y contribuer, à condition de se fixer cet objectif et de conclure un accord qui tienne compte de cette finalité.

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